|
Les États-Unis constituent un État jeune, né il y a à peine deux cents ans.
La naissance de la nation américaine a été précédée d’une période coloniale de
plus d’un siècle. Voir Amérindiens.
L'époque coloniale - Les premières explorations du territoire
Les premiers navigateurs Européens qui, dans le sillage de Christophe Colomb,
abordent les côtes du continent nord-américain sont les Italiens Jean Cabot et
Sébastien Cabot (1497). Voyageant au service de Henry VII d’Angleterre, ils
découvrent Terre-Neuve et explorent les côtes du Labrador et de la
Nouvelle-Angleterre. L’Espagnol Juan Ponce de León découvre la Floride en 1513.
L’Italien Jean de Verrazane (1524), voyageant pour le compte de François Ier,
explore les côtes atlantiques, de la Caroline du Sud au Maine ; puis le Français
Jacques Cartier (1534) découvre l’estuaire du Saint-Laurent. Tous sont à la
recherche d’une route maritime septentrionale vers les Indes et la Chine.
Les premiers explorateurs européens (Robert Cavelier de La Salle, sir Walter
Raleigh, Hernando de Soto) qui pénètrent, aux
XVIe
et XVIIe siècles,
sur le territoire américain, rencontrent une population autochtone peu
nombreuse. Estimée à quelques millions d’individus, elle est probablement venue
d’Asie, par le détroit de Béring, quarante mille ans plus tôt (voir
Amérindiens). Le contact avec les Européens provoque chez la population
amérindienne un désastre démographique (choc microbien) et culturel (spoliation
des terres, alcoolisme, destruction des cultures indigènes). Les maladies venues
d’Europe (grippe, typhus, rougeole, etc.) et les guerres déciment jusqu’à
95 p. 100 d’entre eux.
L'époque coloniale - Les débuts de la colonisation européenne
La colonisation de l’Amérique du Nord par les Européens commence dès la fin
du XVIe siècle.
Au cours des XVIIe
et XVIIIe siècles,
elle est menée essentiellement par trois pays : l’Espagne, la France et
l’Angleterre. La première implantation européenne permanente date de 1565, avec
la fondation de Saint Augustine (Floride) par les Espagnols. Ceux-ci étendent
leur domination sur les territoires actuels de la Floride, du Texas, de la
Californie, puis sur une grande partie de l’ouest des États-Unis. Les Français
commencent par s’installer au Canada (fondation de Québec par Samuel de
Champlain, en 1608) puis fondent la vaste colonie de la Louisiane (début
XVIIIe siècle),
englobant la région des Grands Lacs et toute la vallée du Mississippi (voyages
de Jacques Marquette et de Louis Jolliet en 1673 ; voyages de Robert Cavelier de
La Salle, 1669-1682). Les Anglais, quant à eux, colonisent les régions de la
côte atlantique, qui doivent devenir, ultérieurement, le noyau politique et
culturel des États-Unis.
L'époque coloniale - La mainmise anglaise
La fondation de Jamestown, en Virginie, en 1607, inaugure la colonisation
anglaise. C’est une colonisation de peuplement, menée par des émigrants
persécutés dans leur pays pour leurs convictions religieuses ou politiques,
notamment des séparatistes anglais, secte dissidente de l’Église anglicane. En
1620, les Pères Pèlerins, dissidents religieux adeptes du puritanisme, arrivent
à bord du Mayflower dans la baie de Plymouth et fondent la colonie de
Plymouth (future colonie de la baie du Massachusetts).
L’émigration puritaine continue jusqu’en 1642, entraînant la création des
autres colonies de la Nouvelle-Angleterre (colonies septentrionales) : le
New Hampshire (1629), Rhode Island (1644) et le Connecticut (1662). Ces colonies
développent une société souvent théocratique et intolérante, reposant sur une
vie spirituelle très riche (fondation de l’université Harvard, en 1636).
Situées plus au sud, les colonies méridionales, constituées de la Virginie
(1607), du Maryland (1632), de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud
(1663) ainsi que de la Géorgie (1732), développent une structure
politico-religieuse et socio-économique très différente des colonies du Nord.
Essentiellement agricoles, elles reposent sur une économie de plantation (tabac,
coton) qui exige une main-d’œuvre abondante. Le commerce triangulaire commence
dès 1620 et se poursuit durant tout le
XVIIe siècle.
Une société esclavagiste se constitue ainsi, au profit des seuls grands
propriétaires, restés fidèles à l’anglicanisme. Les deux groupes de colonies
anglaises restent longtemps étrangers l’un à l’autre.
Dans la seconde moitié du
XVIIe siècle
se constituent les colonies du Centre. Suite aux explorations menées en
1609-1610 par Henry Hudson, navigateur anglais au service de la Compagnie des
Indes orientales, les Hollandais s’implantent en 1613-1614 à l’embouchure de
l’Hudson (actuelle baie de New York), où ils fondent la colonie de la
Nouvelle-Hollande. Sa capitale, La Nouvelle-Amsterdam (aujourd’hui New York),
est fondée en 1625 par Peter Minuit, dans l’île de Manhattan. En 1655, les
Hollandais annexent la colonie suédoise du Delaware (créée en 1638). Puis, en
1664, les colonies hollandaises d’Amérique du Nord passent sous domination
anglaise. De cette annexion naissent les colonies de New York, du New Jersey et
du Delaware (1664). La Pennsylvanie est fondée un peu plus tard, en 1681, par le
quaker William Penn.
Les colonies anglaises bénéficient dès le début d’une grande autonomie
vis-à-vis de la métropole. Attribuées en pleine propriété à des particuliers par
charte royale (chartes de propriété), ces colonies propriétaires possèdent
chacune un gouvernement et une assemblée. Il s’y institue très tôt des pratiques
démocratiques. À l’exception de la Géorgie, qui fait l’objet d’une charte en
1732, toutes les colonies anglaises d’Amérique du Nord sont fondées avant la fin
du XVIIe siècle.
L'époque coloniale - La colonisation française
Les Français, de leur côté, délaissant les régions de la côte atlantique,
pénètrent à l’intérieur du continent nord-américain en remontant le
Saint-Laurent. Depuis Québec, ils étendent leur autorité sur un immense
territoire, dans les Grandes Plaines centrales, qu’ils appellent Louisiane en
l’honneur de Louis XIV. Mais la rivalité coloniale franco-anglaise débouche
rapidement, en Amérique du Nord, sur une succession de guerres. Contrairement à
la colonisation anglaise, l’immigration française, trop limitée, ne permet pas à
la France d’assurer un contrôle réel et une défense efficace de son empire
colonial. Après avoir perdu l’Acadie à l’issue du traité d’Utrecht (1713), la
France abandonne toutes ses possessions américaines lors du traité de Paris
(1763), qui met fin à la guerre de Sept Ans (1754-1763). La Louisiane
occidentale, à l’ouest du Mississippi, est cédée, en compensation, à l’Espagne,
alliée de la France (qui la récupère en 1800). La Louisiane orientale, à l’est
du Mississippi, ainsi que toutes les possessions françaises canadiennes
reviennent à la Grande-Bretagne.
L'époque coloniale - Le renforcement du pouvoir anglais
Dès la seconde moitié du
XVIIe siècle,
l’autorité royale anglaise renforce son emprise sur ses colonies américaines,
par l’intermédiaire des gouverneurs royaux. Après l’élimination de la présence
française en Amérique du Nord, la métropole anglaise raidit encore son attitude
en réclamant à ses treize colonies une contribution financière pour amortir les
dépenses de la guerre de Sept Ans. Mais les colonies anglaises, habituées à une
certaine indépendance (assemblées politiques élues, vote des budgets), refusent
les charges fiscales imposées par Londres. Le Stamp Act de 1765 suscite une vive
indignation parmi les colons américains et provoque des émeutes (Virginie,
New York, Massachusetts). Des sociétés secrètes de patriotes (les Fils de la
liberté) se constituent. Le mouvement de protestation colonial culmine, en
octobre 1765, lors du congrès contre le Stamp Act. Cette loi est finalement
révoquée par le Parlement en 1766.
Désireuse d’établir un commerce reposant sur le principe de l’exclusif
colonial, la métropole tente, en 1767, d’imposer à ses colonies les lois
Townshend qui taxent lourdement les importations, notamment celles du thé.
La résistance coloniale est à nouveau très vive. Elle prend la forme d’un
boycottage des produits anglais par les colons. La réaction énergique des
Britanniques (voir Boston, massacre de, 5 mars 1770) marque la rupture
définitive entre la Grande-Bretagne et ses colonies. Les taxes Townshend sont
annulées. En 1773, le monopole de la vente du thé en Amérique est accordé par le
Parlement britannique à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Cette
décision déclenche une nouvelle crise. Les cargaisons de thé des navires de la
Compagnie des Indes sont détruites par les habitants de Boston, alors le grand
port de la Nouvelle-Angleterre (voir Tea Party de Boston, 16 décembre
1773). Par mesure de rétorsion, le Parlement britannique vote les lois « intolérables »
(« Intolerable Acts », 1774) à l’encontre du Massachusetts (fermeture du port de
Boston, suppression des libertés du Massachusetts).
L’unité des treize colonies américaines se réalise dans leur opposition
commune à la politique du gouvernement britannique : en septembre 1774, sur
l’initiative de Benjamin Franklin, elles se réunissent à Philadelphie en un
premier Congrès continental (5 septembre-26 octobre 1774).
La révolution américaine et la naissance d'une nation - La guerre de l’Indépendance
La fusillade de Lexington (19 avril 1775) contre des patriotes précipite la
rébellion. Lors du second Congrès continental, qui se tient à Philadelphie à
partir du 10 mai 1775, les colonies américaines affirment leur volonté commune
de résister à l’agression britannique par des moyens militaires. Le Congrès
décide d’assumer le pouvoir exécutif sur les colonies et de créer une armée
continentale, dont George Washington reçoit le commandement.
La guerre de l’Indépendance américaine (1776-1783) entre les Britanniques et
les treize colonies insurgées (Massachusetts, New Hampshire, Connecticut, Rhode
Island, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie,
Caroline du Sud, Caroline du Nord et Géorgie) débute le 17 juin 1775, avec la
bataille de Bunker Hill. Le 4 juillet 1776, les colonies américaines adoptent la
Déclaration d’Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson puis, le 15 novembre
1777, les Articles de la Confédération. Cependant, les colons sont loin d’être
tous solidaires : les « loyalistes », fidèles à la métropole, se rangent du côté
des Britanniques avant de fuir au Canada. Nombreux sont ceux qui restent
neutres.
Sur le plan militaire, l’armée américaine, essentiellement formée de
volontaires, est nettement inférieure à l’armée britannique, renforcée de
20 000 mercenaires allemands. Battu à la bataille de Long Island, en août 1776,
George Washington est contraint d’abandonner New York aux Britanniques. C’est
ensuite le tour de Philadelphie, un an plus tard, en septembre 1777. La première
victoire américaine est la bataille de Saratoga, le 17 octobre 1777. Celle-ci
marque un tournant dans la guerre de l’Indépendance. La France voit dans
l’insurrection américaine l’occasion d’une revanche sur le Royaume-Uni. En
janvier 1778, les généraux La Fayette et Rochambeau prennent le commandement
d’un corps expéditionnaire français envoyé en Amérique afin de soutenir
militairement les révolutionnaires américains. La capitulation des Britanniques
à Yorktown, le 19 octobre 1781, est décisive et consacre la victoire des
Américains. L’indépendance des États-Unis est officiellement reconnue par la
Grande-Bretagne à l’issue des traités de Paris et de Versailles (3 septembre
1783) qui leur attribuent, en outre, la possession des territoires compris entre
l’Atlantique et le Mississippi, depuis les Grands Lacs, au nord, jusqu’à la
Floride espagnole (voir Territoire du Nord-Ouest).
Les relations anglo-américaines restent longtemps tendues, en raison de la
controverse concernant l’établissement de la frontière politique avec le Canada
(voir Nord-Est, conflit sur les frontières du ; Nord-Ouest, conflit sur
les frontières du).
La révolution américaine et la naissance d'une nation - La mise en place des institutions
La nouvelle nation américaine se trouve rapidement dans une situation
politique et économique difficile. Le gouvernement fédéral ne détient alors
qu’une faible autorité. La nécessité d’établir un gouvernement central s’impose
bientôt dans les esprits. Une Convention constitutionnelle se réunit sous la
présidence de George Washington.
Une nouvelle Constitution des États-Unis, inspirée par James Madison,
Alexander Hamilton et James Wilson, est adoptée le 17 septembre 1787. Ménageant
le souci d’indépendance des treize États, elle met en place un pouvoir fédéral
compétent dans les domaines du commerce extérieur, de la défense et de la
politique extérieure, ainsi que dans le domaine des relations entre les États
fédérés. Afin que les grands États ne dominent pas les petits, il est décidé
d’une représentation égale au Sénat (deux sièges par État) et proportionnelle à
la Chambre des représentants. La séparation des pouvoirs, exécutif, législatif
et judiciaire, est instituée. La nouvelle Constitution est, dès 1788, signée par
onze États. La Caroline du Nord ne la ratifie qu’en novembre 1789 et Rhode
Island en mai 1790. Le 4 mars 1789, le premier Congrès des États-Unis se réunit
à New York. Le 30 avril, George Washington devient le premier président des
États-Unis (1789-1797). En 1791 sont adoptés les dix premiers amendements de la
Constitution des États-Unis (voir Déclaration des droits).
L'essor des États-Unis jusqu'à la guerre de Sécession - L’organisation de la vie politique
Deux partis politiques se développent sous la présidence de George
Washington : les fédéralistes et les républicains. Les fédéralistes, représentés
par George Washington et Alexander Hamilton, sont favorables au renforcement du
pouvoir fédéral. Soutenus par les industriels et les milieux d’affaires du Nord,
ils restent au pouvoir jusqu’en 1801, avec John Adams (1797-1801), successeur de
Washington. Les présidences fédéralistes sont marquées par des troubles
intérieurs (révolte du Whisky, 1794) et par une opposition violente avec les
républicains (lois sur la sédition et les étrangers).
Le Parti républicain, avec Thomas Jefferson et James Madison à sa tête,
hostile à toute ingérence excessive du pouvoir central, est favorable à une
limitation stricte des pouvoirs fédéraux. Il reçoit le soutien des petits
propriétaires terriens du Sud et de l’Ouest. Sous l’influence d’Andrew Jackson
et de John C. Calhoun, il devient, à partir de 1828-1830, le Parti démocrate.
Le Parti républicain accède au pouvoir avec Thomas Jefferson (1801-1809) et
s’y maintient sous les présidences de James Madison (1809-1817) et de James
Monroe (1817-1825). Ce dernier, en affirmant son opposition à toute intervention
européenne dans les affaires du continent américain (doctrine de Monroe, 1823),
définit les principes de la politique étrangère des États-Unis jusqu’au
XXe siècle
(voir Isolationnisme).
L'essor des États-Unis jusqu'à la guerre de Sécession - L'expansion territoriale
Les deux partis pratiquent la même politique d’expansion territoriale et de
développement économique par la colonisation progressive des terres, l’achat de
territoires (Louisiane, Floride) ou l’usage de la force (Californie). Cantonnée
en 1783 à la seule façade atlantique, la jeune nation se lance dans la
colonisation de l’Ouest et étend rapidement son territoire, avec la formation de
nouveaux États (Ohio, 1803 ; Kentucky, 1792 ; Tennessee, 1796 ; Vermont, 1791).
En 1803, les États-Unis doublent leur superficie grâce à l’acquisition de la
Louisiane occidentale, vendue par la France pour un montant de 15 millions de
dollars. Quatorze États, dont la Louisiane (1812), l’Indiana (1816), le
Mississippi (1817), l’Illinois (1818) et l’Alabama (1819), sont créés.
Les États-Unis optent pour la neutralité dans les guerres opposant Napoléon Ier
à l’Angleterre (voir Napoléoniennes, guerres). Mais l’obstination du
gouvernement britannique à vouloir interdire tout commerce entre les États-Unis
et la France provoque la guerre anglo-américaine (1812-1815), qui s’achève par
le traité de Gand (1814), ratifié par le Sénat américain le 16 février 1815. Ce
conflit crée un fort sentiment nationaliste aux États-Unis et met fin à la
prépondérance européenne sur les affaires politiques américaines. Après avoir
étendu leur domination sur la Floride, cédée par l’Espagne en 1819, les
États-Unis se lancent dans la conquête de l’Ouest.
Dès 1804, une expédition américaine, dirigée par Meriwether Lewis et William
Clark (voir Lewis et Clark, expédition), remonte les affluents
occidentaux du Mississippi et atteint la Columbia, qu’elle descend jusqu’à son
embouchure sur la côte pacifique. Les États-Unis et la Grande-Bretagne
revendiquent tous deux la possession du vaste territoire de l’Oregon (actuels
Oregon, Washington et Idaho). À l’issue d’une longue polémique, le traité du
15 juin 1846 attribue finalement l’Oregon aux États-Unis et fixe définitivement
la frontière avec le Canada, de l’ouest des Rocheuses jusqu’au Pacifique, sur le
49e parallèle. Le pays s’étend désormais de l’Atlantique au
Pacifique.
Dans le même temps, la colonisation progresse dans le Sud-Ouest. Fondée par
des colons américains en 1835-1836 à l’issue d’une révolte victorieuse contre le
Mexique, la république du Texas est annexée par les États-Unis en 1845. Cette
annexion suscite la colère du Mexique, qui n’a jamais accepté l’indépendance du
Texas. Un raid américain en territoire mexicain, mené par le général Zachary
Taylor, déclenche la guerre avec le Mexique (1846-1848) (voir
américano-mexicaine, guerre). Celle-ci s’achève par la victoire des États-Unis
et le traité de Guadalupe Hidalgo (2 février 1848). Le Mexique doit abandonner
aux États-Unis le Texas, la Californie et les territoires de l’Utah, du Nevada,
de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. La frontière entre le Texas et le Mexique
est établie sur le Rio Grande.
En 1853, l’achat au Mexique d’une bande de territoire, au sud de l’Arizona,
fixe définitivement la frontière américano-mexicaine (convention de Gadsden).
Cette acquisition met fin à l’expansion des États-Unis vers l’ouest. Composé
désormais de 31 États, le pays a triplé sa superficie depuis 1789. Durant toute
cette période, les Amérindiens ont été refoulés à l’ouest du Mississippi. Mais,
après la guerre de Sécession (1861-1865), ils sont victimes d’une extermination,
et les survivants concentrés dans des réserves.
Le gouvernement américain encourage la colonisation des terres nouvelles
(Homestead Laws). Celles-ci sont cadastrées, découpées en parcelles égales et
vendues à bas prix. L’Ouest devient alors un rêve pour les Américains et suscite
un vaste mouvement de migration (« ruée vers l’or » de Californie, en 1849),
facilité par le développement des moyens de transports (routes, chemins de fer).
La mise en valeur de ces terres lointaines s’accélère avec le rapide
accroissement de la main-d’œuvre et les facilités de crédit.
En effet, la population américaine (4 millions d’habitants en 1789,
9,6 millions en 1820) ne cesse de croître avec l’immigration européenne. Près de
200 000 nouveaux immigrants (Irlandais, Allemands) arrivent chaque année entre
1820 et 1850. Parallèlement, les moyens de communications se développent
rapidement avec l’ouverture au trafic du canal de l’Érié (1825), et la
construction de la première ligne de chemin de fer (1829). En 1840, plus de
4 000 km de voies ferrées sont déjà en exploitation.
L'essor des États-Unis jusqu'à la guerre de Sécession - Le clivage Nord-Sud
En 1829, Andrew Jackson (1829-1837), soutenu par le nouveau Parti démocrate,
succède au républicain John Quincy Adams (1825-1829) à la présidence des
États-Unis. Entre 1834 et 1836, les adversaires du Parti démocrate se regroupent
pour constituer le parti Whig. De 1840 à 1865, le débat politique est dominé par
la question de l’esclavage, principal sujet de dissension entre les États du
Nord et les États du Sud.
Stimulé par les inventions de la révolution industrielle, le Nord-Est connaît
un extraordinaire essor économique. Grâce au protectionnisme, les industries se
développent en Nouvelle-Angleterre (filature, tissage), multipliant les noyaux
urbains. Les canaux et les voies ferrées ont un rôle décisif sur l’évolution de
villes comme Boston, New York, Philadelphie et Baltimore, qui peuvent accéder
facilement aux produits et aux marchés de l’Ouest.
Dans le même temps, les États du Sud se spécialisent dans la production de
tabac et de coton. Ils développent de vastes plantations en exploitant la
main-d’œuvre servile noire, renforçant du même coup l’économie esclavagiste dont
le Nord réclame la suppression au nom de la démocratie américaine. Vivant
essentiellement du commerce du coton, ils sont pour leur part favorables au
libre-échange. Les divergences d’intérêts entre le Nord, industriel,
protectionniste et abolitionniste, et le Sud, agricole, esclavagiste et
libre-échangiste, vont en s’aggravant, notamment sur la question de l’esclavage.
Le Nord s’unifie progressivement dans la dénonciation de l’esclavage,
toujours toléré par la Constitution. À la fin du
XVIIIe siècle,
tous les États situés au nord du Maryland en exigent l’abolition. En 1808, le
Congrès interdit toute nouvelle importation d’esclaves aux États-Unis. Le Sud,
de son côté, luttant obstinément pour maintenir l’équilibre entre les États
libres et les États esclavagistes, se lance dans une course au peuplement des
régions de l’Ouest. Le gouvernement fédéral, soucieux de préserver l’Union,
propose des compromis (voir Compromis du Missouri, 1820). Le clivage
s’envenime dans les années 1830, lorsqu’un conflit oppose le Sud et le Nord sur
l’autorisation de l’esclavage dans les nouveaux territoires de l’Ouest (Texas,
Oregon, Californie, Nouveau-Mexique). Le Sud défend fortement la candidature du
Texas esclavagiste, le Nord s’y oppose, à l’image du parti de la Liberté,
constitué en 1839, qui réclame l’abolition de l’esclavage dans la totalité des
États-Unis. Le Texas entre finalement dans l’Union en décembre 1845 en tant
qu’État esclavagiste, sous la présidence de James K. Polk (1845-1849),
successeur de Martin Van Buren (1837-1841), de William H. Harrison (1841) et de
John Tyler (1841-1845).
L'essor des États-Unis jusqu'à la guerre de Sécession - La guerre de Sécession
La lutte entre le Nord et le Sud pour tolérer ou interdire l’esclavage dans
les États nouvellement acquis s’amplifie sous les présidences de Zachary Taylor
(1849-1850) et de Millard Fillmore (1850-1853). Voir Compromis de 1850 ;
Esclaves fugitifs, lois sur les. Elle aboutit, sous la présidence de Franklin
Pierce (1853-1857), au compromis du Kansas-Nebraska (1854), stipulant que les
nouveaux États se prononcent eux-mêmes pour ou contre l’esclavage. Cet accord
soulève un tollé de protestations dans le Nord et cause la ruine du parti Whig,
en y créant un fort antagonisme entre défenseurs et adversaires du compromis.
Enfin, il oppose violemment les colons esclavagistes et abolitionnistes du
Kansas (incendie de Lawrence, mai 1856).
Le parti Free Soil, créé en 1848 et adversaire de l’esclavage, puis la
publication du livre de Harriet Beecher-Stowe (la Case de l’oncle Tom,
1851-1852) ont une influence déterminante sur l’extension du mouvement
abolitionniste dans le Nord. Celui-ci aboutit, en 1854, à la formation de
l’actuel Parti républicain. Ses fondateurs, farouchement opposés à l’esclavage,
exigent le retrait du décret Kansas-Nebraska. En 1860, la scission du Parti
démocrate assure l’élection du candidat républicain Abraham Lincoln (1861-1865),
anti-esclavagiste notoire, qui succède au président James Buchanan (1857-1861).
La seule solution qui s’offre au Sud est alors la sécession.
Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud quitte l’Union. Le 4 février 1861,
sept États sécessionnistes du Sud (Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama,
Mississippi, Louisiane, Texas) créent une nouvelle Confédération (voir
États confédérés d’Amérique). Ils forment un gouvernement provisoire et
Jefferson Davis est élu président. Lors de son discours inaugural, en mars 1861,
Lincoln déclare la sécession illégale. Cependant, au mois d’avril, quatre
nouveaux États esclavagistes rejoignent la Confédération : la Virginie,
l’Arkansas, la Caroline du Nord et le Tennessee. La guerre civile éclate le
12 avril 1861, avec l’attaque de Fort Sumter, à Charleston Harbor, par les
confédérés (voir Sécession, guerre de).
Le 15 avril, Lincoln fait appel aux États loyalistes afin d’obtenir
75 000 volontaires pour défendre le maintien de l’Union. Les armées sudistes,
commandées par les généraux Robert E. Lee et Joseph E. Johnston, et les
nordistes, emmenés par Ulysses S. Grant et William T. Sherman, s’affrontent
pendant quatre ans (voir Vicksburg, campagne de ; Gettysburg, bataille
de). Le conflit s’achève par la victoire des nordistes. Lincoln, qui a proclamé
l’abolition de l’esclavage dès le 1er janvier 1863 (voir
Émancipation, proclamation d’), est assassiné le 14 avril 1865. Le 6 décembre
1865, le 13e amendement de la Constitution abolit officiellement
l’esclavage dans tous les États.
De la Reconstruction à l'expansion - L’après-guerre
La période d’après-guerre est marquée par la domination des républicains dans
les affaires nationales. Le Parti républicain conserve le contrôle des deux
Chambres du Congrès jusqu’en 1875 et la présidence jusqu’en 1885. Après la
guerre se pose le problème de la réintégration dans l’Union des États
sécessionnistes. Le président Andrew Johnson (1865-1869) ne parvient pas à faire
accepter le plan de Reconstruction d’Abraham Lincoln, d’inspiration libérale.
Les républicains dénoncent sa faiblesse à l’égard du Sud, ravagé par la guerre,
et lui imposent des conditions beaucoup plus sévères.
Les décrets de Reconstruction, votés par le Congrès en 1867, divisent le Sud
en cinq régions d’occupation militaire et donnent le droit de vote aux Noirs. Le
14e amendement à la Constitution, voté en 1866, élimine les
confédérés de toutes les activités politiques et administratives. Des
aventuriers nordistes, les carpet-baggers, en profitent pour prendre la
tête des gouvernements dans les États sudistes. Le pillage et la corruption se
généralisent sous la présidence de Ulysses S. Grant (1869-1877).
Ces excès provoquent un vif ressentiment chez les sudistes et entraînent la
création de sociétés secrètes (voir Ku Klux Klan), qui mènent des actions
violentes d’intimidation envers les Noirs américains. Contournant les lois sur
l’égalité raciale, les sudistes blancs imposent aux Noirs une stricte
ségrégation. Il faut attendre la seconde moitié du
XXe siècle
pour la voir disparaître.
De la Reconstruction à l'expansion - La mise en valeur du pays
Vers la fin des années 1870, les tensions finissent par s’apaiser et les
Américains, comme leurs présidents, se préoccupent avant tout de la mise en
valeur du pays. Les républicains, soutenus par les milieux d’affaires du
Nord-Est, restent au pouvoir jusqu’en 1913, à l’exception des deux présidences
de Stephen G. Cleveland (1885-1889, 1893-1897) : Rutherford B. Hayes
(1877-1881), James A. Garfield (1881), Chester A. Arthur (1881-1885), Benjamin
Harrison (1889-1893), William McKinley (1897-1901), Theodore Roosevelt
(1901-1909) et William H. Taft (1909-1913).
L’achèvement du premier chemin de fer transcontinental (1869) accélère la
colonisation de l’Ouest. Si le Sud est économiquement ruiné par la guerre de
Sécession et l’abolition de l’esclavage, le Nord, au contraire, connaît une
rapide croissance industrielle. Du fait de la connivence des intérêts de la
finance avec le Parti républicain, les deux décennies de présidence républicaine
favorisent à outrance le milieu des affaires. Elles voient le début des magnats
de l’industrie (Vanderbilt, Rockefeller) et des grands trusts. Durant cette
période, le pays connaît une extraordinaire croissance démographique liée à
l’immigration, avec 62 millions d’habitants en 1890, 75 millions en 1900 et
105 millions en 1920. Les immigrants (Italiens, Slaves) affluent alors au rythme
de 800 000 à 1 million par an. Ils fournissent la main-d’œuvre nécessaire à
l’extraordinaire essor de l’agriculture et de l’industrie américaines.
Grâce à ses méthodes (mécanisation, concentration), à l’abondance des
matières premières et au réseau de voies de communication, la production
agricole et industrielle des États-Unis dépasse, au début du
XXe siècle,
celle des pays européens. À l’abri du protectionnisme (tarif McKinley, 1890),
les États-Unis sont devenus en vingt ans la première puissance économique du
monde.
De la Reconstruction à l'expansion - Les crises économiques
Cependant, cette expansion s’accompagne de crises économiques violentes
(1873, 1884, 1907). La concentration capitaliste se développe, entraînant la
formation de puissants trusts (Standard Oil, 1882 ; U.S. Steel Corporation,
1901). En 1890, le Congrès fait voter une première loi antitrust (Sherman
Antitrust Act). C’est à cette époque qu’apparaît le syndicalisme américain, qui
lutte avant tout pour l’amélioration des conditions de travail (augmentations
des salaires, réduction du temps de travail). Ces revendications déclenchent un
conflit sans précédent entre le capital et le monde du travail.
Entre 1886 et 1887, on dénombre quelque 3 000 grèves aux États-Unis. La grève
de Homestead, en 1892, est sanglante. Lors de la crise économique de 1893-1894 (dépression
industrielle, hausse des prix et du chômage), une nouvelle grève ouvrière,
également très violente, est menée, à Chicago, par le Syndicat des chemins de
fer américains (1894). De leur côté, les agriculteurs de l’Ouest, endettés et
hostiles aux barrières douanières, expriment leur mécontentement au sein du
mouvement agrarien Granger, qui connaît une grande diffusion dans les années
1870.
De la Reconstruction à l'expansion - La politique extérieure
Les présidents républicains conservent une attitude isolationniste jusqu’aux
premières années du
XXe siècle.
En 1867 cependant, le pays achète l’Alaska à la Russie. Puis, sous la présidence
de William McKinley, les États-Unis commencent à développer une politique
impérialiste. À l’issue de la guerre hispano-américaine (1898), les Américains
victorieux s’emparent des vestiges de l’Empire colonial espagnol (Porto Rico,
Guam, Philippines) et placent Cuba sous tutelle américaine. En septembre 1901,
McKinley est assassiné et le vice-président Theodore Roosevelt lui succède. La
domination américaine s’étend en Amérique centrale avec la construction du canal
de Panamá, dans les Antilles (intervention à Saint-Domingue, 1905), ainsi que
dans le Pacifique. Les États-Unis respectent toutefois la doctrine de
non-ingérence définie par le président James Monroe en 1823, à l’exception de
leur participation à la conférence d’Algésiras sur le Maroc, en 1906, et de leur
rôle de médiateur dans la guerre russo-japonaise (1904-1905).
De la Reconstruction à l'expansion - Les présidences de Roosevelt et de Wilson
Sur le plan intérieur, Theodore Roosevelt accentue la lutte du pouvoir
fédéral contre les excès du libéralisme et la multiplication des trusts (loi
Elkins, 1903 ; loi Hebburn, 1906). Ceux-ci exercent en effet un quasi-monopole
sur des secteurs comme le pétrole, le bœuf, le charbon, le sucre ou les chemins
de fer. Mais la politique menée par le successeur de Roosevelt, William H. Taft,
divise le Parti républicain et permet la victoire du démocrate Thomas W. Wilson
(1913-1921).
Reprenant la politique de Roosevelt, Wilson fait voter une nouvelle loi
antitrust (Clayton Antitrust Act, 1914), abaisse les tarifs douaniers et
réforme le système bancaire (Federal Reserve Act, 1913) et l’agriculture.
La journée de travail des ouvriers est limitée à huit heures. L’élection au
suffrage universel des sénateurs est instaurée (1913) ainsi que le voir
vote des femmes (19e amendement de la Constitution, 1920).
De la Reconstruction à l'expansion - La Première Guerre mondiale
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Wilson, fidèle à l’isolationnisme
séculaire américain, refuse d’engager son pays dans le conflit. Mais la guerre
sous-marine à outrance menée par les Allemands, ainsi que leur politique
malveillante en Amérique centrale, provoquent un revirement de l’opinion.
En mai 1915, un sous-marin allemand torpille, sans sommation, le paquebot
Lusitania, au large des côtes de l’Irlande, tuant 1 198 personnes, dont
128 citoyens américains. Le peuple américain est scandalisé. L’incident se
reproduit en mars 1916, avec le torpillage dans la Manche du Sussex, qui
cause la mort de deux Américains. Le 6 avril 1917, les États-Unis déclarent la
guerre à l’Allemagne.
Un corps expéditionnaire, commandé par le général John J. Pershing, est
envoyé en France. Les troupes américaines, qui comptent jusqu’à 2 millions
d’hommes, jouent un rôle décisif dans la victoire finale des Alliés en 1918.
Wilson se fait le défenseur d’une paix juste et durable, fondée sur le principe
de la libre détermination des peuples (voir Quatorze points de Wilson,
8 janvier 1918). Pourtant, malgré sa participation à la conférence de la paix,
le traité de Versailles (28 juin 1919) va dans un tout autre sens. La France,
notamment, insiste pour imposer de lourdes réparations de guerre à l’Allemagne.
Les États-Unis manifestent leur hostilité en refusant de ratifier le traité
(novembre 1919). Leur refus d’entrer à la Société des Nations (SDN) marque leur
retour à l’isolationnisme. Les républicains reviennent au pouvoir avec Warren
G. Harding (1921-1923), John C. Coolidge (1923-1929) et Herbert C. Hoover
(1929-1933).
De l’isolationnisme à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale - Les années de l’après-guerre
Le pays connaît, dans les années 1920, une extraordinaire prospérité
économique, suivie d’une crise brutale et profonde, aux répercussions mondiales.
Au cours de cette période, les États-Unis deviennent la première puissance
commerciale et financière du monde. Dès 1925, développant une production
industrielle de masse, ils fournissent 44 p. 100 du charbon et 51 p. 100 de
l’acier mondial, grâce à une forte concentration de l’industrie et à de
nouvelles méthodes de rendement et d’organisation du travail (voir
Fordisme ; Taylorisme). Malgré cette prospérité, le pays se referme sur
lui-même. Les barrières douanières protectionnistes sont renforcées (tarif
Fordney-McCumber, 1922) tandis que la xénophobie (limitation de l’immigration,
activités du Ku Klux Klan) et le mouvement de prohibition se développent.
Le contrôle de l’immigration se renforce après la Première Guerre mondiale.
Dans les années 1920, le Congrès américain inverse la politique traditionnelle
de l’immigration libre en instituant des quotas, qui réduisent sensiblement
l’immigration européenne (lois des quotas, 1921 et 1924). La question la plus
controversée de la période 1920-1932 est cependant la prohibition. Ce mouvement,
défendant l’interdiction de la fabrication et de la vente de boissons
alcooliques aux États-Unis, culmine avec la ratification, en janvier 1919, du 18e amendement
de la Constitution. La crise économique survient brutalement, dans un climat
général d’euphorie.
De l’isolationnisme à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale - La crise économique de 1929
La croissance trop rapide de la production, le développement anarchique du
crédit, et une confiance excessive dans le libéralisme favorisent une importante
spéculation à partir de 1926. Certains Américains investissent des milliards de
dollars en Bourse, après avoir emprunté aux banques et gagé leur maison. La
spéculation devient rapidement incontrôlable. En octobre 1929, la fièvre des
achats est suivie d’un brusque mouvement de vente. Les prix chutent
précipitamment et des milliers de personnes se retrouvent complètement ruinées.
La panique boursière du jeudi 24 octobre 1929 (voir Wall Street, krach
de) provoque l’effondrement, pour plusieurs années, de l’économie américaine (voir
Crise économique de 1929).
Il s’ensuit une récession économique, qui touche non seulement les
États-Unis, mais l’ensemble de l’économie mondiale (années 1930). Les usines
ferment, provoquant 7 millions de chômeurs en deux ans. Un grand nombre de
banques font faillite et les prix chutent. Dans le même temps, l’érosion
éolienne, aggravée par plusieurs années de sécheresse et de surexploitation des
sols, ruine l’agriculture des Grandes Plaines méridionales, devenues une
véritable « marmite à poussière » (Dust Bowl), contraignant la population
agricole à l’exode. L’incapacité de l’administration Hoover à remédier à la
crise favorise la victoire du candidat démocrate Franklin D. Roosevelt
(1933-1945) lors de l’élection présidentielle de 1932.
De l’isolationnisme à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale - Le New Deal et la marche à la guerre
Franklin D. Roosevelt développe un programme économique et social, connu sous
le nom de New Deal (1933-1938). S’appuyant sur un groupe de conseillers
économistes, le brain trust, il redresse l’économie par une politique
interventionniste du pouvoir fédéral, sans toutefois régler le problème du
chômage (8 millions de chômeurs en 1935 ; 10,4 millions en 1938).
Recourant à la pratique du déficit budgétaire (3,5 milliards de dollars en
1936), il accroît considérablement les dépenses de l’État. Parmi les principales
mesures du New Deal figurent la relance de l’industrie et le contrôle de la
concurrence (National Industrial Recovery Act ou NIRA, 1933) ; la lutte contre
le chômage par une politique de grands travaux d’utilité publique, avec
notamment l’aménagement de la vallée du Tennessee en 1933 (voir Tennessee
Valley Authority ou TVA) ; l’abandon de l’étalon-or et la dévaluation du dollar
à 59 p. 100 de son ancienne valeur en or (Gold Reserve Act, 1934) ; l’aide aux
agriculteurs et la lutte contre la surproduction agricole (Agricultural
Adjustment Act ou AAA) ; ou encore la création d’une sécurité sociale (Social
Security Act, 1935), instituant une assurance vieillesse et une assurance
chômage, dans le cadre de l’État-providence (Welfare State). Cependant,
certaines de ces lois sont déclarées anticonstitutionnelles par la Cour suprême
(NIRA, 1935 ; AAA, 1936), qui juge que l’État fédéral a outrepassé ses droits en
matière de réglementation.
Absorbé par les problèmes intérieurs jusqu’en 1938 et soucieux de
l’isolationnisme traditionnel des Américains, Roosevelt ne peut que mobiliser
tardivement ses concitoyens face au conflit mondial en cours. En 1940, il fait
voter par le Congrès un programme de réarmement ainsi que la conscription de
tous les hommes âgés de 21 à 35 ans. Prônant un soutien actif des États-Unis à
la lutte pour la démocratie, Roosevelt obtient du Congrès le vote de la loi du
prêt-bail (11 mars 1941). Celle-ci permet à l’Amérique d’approvisionner en
armements les ennemis des puissances de l’Axe.
L’année 1941 est marquée par un débat national entre les isolationnistes,
opposés à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale et à l’aide au
Royaume-Uni, et les interventionnistes, persuadés que la victoire sur les
puissances de l’Axe est vitale pour la sécurité américaine. En août 1941,
Roosevelt rédige avec le Premier ministre britannique, Winston Churchill, la
charte de l’Atlantique. C’est finalement l’agression japonaise contre la base
navale de Pearl Harbor (Hawaii), le 7 décembre 1941, qui décide les États-Unis à
entrer en guerre. La flotte américaine du Pacifique est attaquée par surprise,
sans déclaration de guerre préalable, par les sous-marins et les bombardiers
japonais. Les Américains subissent de lourdes pertes matérielles et humaines.
Près de 3 000 soldats et marins sont tués ou blessés, tandis que 200 avions et
de nombreux navires sont détruits au sol ou coulés. Le 8 décembre 1941, à la
demande du Président, le Congrès déclare la guerre au Japon. Le 11 décembre,
l’Allemagne et l’Italie déclarent la guerre aux États-Unis (voir Guerre
mondiale, Seconde).
De l’isolationnisme à l’engagement dans la Seconde Guerre mondiale - La Seconde Guerre mondiale
Grâce à une conversion rapide de l’industrie américaine vers les fabrications
de guerre, près de 60 000 avions, 45 000 chars et 20 000 canons sortent des
usines dès 1942. Bien que menant la guerre sur les deux fronts (européen et
asiatique), les États-Unis font la démonstration de leur totale suprématie
matérielle. La production accélérée de ses chantiers navals permet les
débarquements d’Afrique du Nord (1942), de Sicile (1943) et de Normandie (6 juin
1944) (voir Normandie, bataille de).
Malgré une guerre longue et difficile contre les Japonais dans le Pacifique (voir
Pacifique, guerre du), les Américains jouent, à partir de juin 1944, un rôle
déterminant dans la bataille finale en Europe. C’est un général américain,
Dwight D. Eisenhower, qui est nommé commandant en chef des forces alliées.
L’activité diplomatique américaine est également décisive. Roosevelt multiplie
les entretiens avec Winston Churchill essentiellement, mais aussi avec Joseph
Staline. Au cours des rencontres avec Churchill (1941-1943), Roosevelt propose
le principe d’une reddition des puissances de l’Axe sans condition. À la
conférence du Caire, en 1943, il discute de la poursuite de la guerre contre le
Japon avec le général en chef chinois Jiang Jieshi. Lors de la conférence de
Téhéran (Iran, novembre-décembre 1943) et de la conférence de Yalta (Ukraine,
février 1945) est décidée la division de l’Allemagne en zones d’occupation, la
création de l’Organisation des Nations unies (ONU) et l’engagement de l’URSS
dans la guerre contre le Japon. Roosevelt meurt quelques semaines avant la
capitulation de l’Allemagne (8 mai 1945).
Son successeur, le président Harry S. Truman (1945-1953), participe à la
conférence de Potsdam (Allemagne, juillet 1945) où, malgré la dégradation des
relations américano-soviétiques, un accord est trouvé sur la division finale de
l’Allemagne et sur l’élaboration des traités de paix. Les États-Unis, cependant,
sont toujours en guerre contre le Japon. La Seconde Guerre mondiale leur a déjà
coûté 300 000 morts. Truman décide alors de mettre rapidement un terme à la
guerre du Pacifique en lançant une bombe atomique sur Hiroshima (6 août 1945)
puis sur Nagasaki (9 août 1945). Le Japon se rend le 14 août 1945.
La présidence de Harry Truman - La bipolarisation
Les États-Unis sortent de la guerre comme « la nation la plus puissante de
l’Histoire » (H. Truman). Ils jouissent alors du monopole de l’arme atomique
(jusqu’en 1949) et d’un énorme potentiel industriel. Leur participation active à
l’ONU montre leur ambition de rester sur le devant de la scène internationale.
De première puissance, les États-Unis deviennent dès lors une superpuissance.
L’opposition idéologique au communisme est leur principale motivation.
La politique extérieure du président Truman est dominée par le début de la
guerre froide avec l’URSS et le rapprochement étroit des États-Unis avec
l’Europe occidentale. Les relations avec l’URSS se dégradent rapidement.
L’esprit de coopération qui a prévalu pendant la guerre laisse peu à peu la
place à une suspicion réciproque, qui s’envenime pour se cristalliser en une
« guerre froide ». Fermement décidés à s’opposer, au besoin par les armes, à
tout progrès du communisme dans le monde, les États-Unis, se posant en
défenseurs du monde libre, développent une politique extérieure impérialiste et
interventionniste. Cette conception idéologique guide leur politique en Europe.
À l’égard des vaincus de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ne
veulent pas réitérer les erreurs du « diktat » de Versailles (1919) (voir
Versailles, traité de). En juin 1947, ils proposent à toutes les nations
européennes un vaste programme d’aide économique, le plan Marshall (European
Recovery Program), entièrement à la charge des Américains. Entre 1945 et
1964, celui-ci atteint un montant total de 97 milliards de dollars. En 1947, la
volonté des États-Unis de contenir la progression du communisme en Europe amène
le président américain à définir la doctrine Truman. Celle-ci vise à fournir une
aide économique et militaire aux pays menacés par l’expansion soviétique. La
Grèce et la Turquie en sont les premiers bénéficiaires. Le plan Marshall est un
bon complément à la doctrine Truman. L’URSS s’y oppose et force les démocraties
populaires d’Europe de l’Est à le refuser.
Le coup de force communiste de Prague, en février 1948, pousse les
États-Unis, la France et la Grande-Bretagne à créer un État ouest-allemand (voir
République fédérale d’Allemagne, RFA). Les Soviétiques ripostent par le
blocus de Berlin (juin 1948-mai 1949), en interdisant tout trafic ferroviaire
entre Berlin-Ouest et la RFA. Celui-ci est finalement mis en échec par les
Britanniques et les Américains grâce à la mise en place d’un pont aérien avec
les quartiers occidentaux de l’ancienne capitale allemande.
Dès lors, les États-Unis se posent en défenseurs de la démocratie de type
libéral face au monde communiste. Ils sont à l’origine de la création de
l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN, avril 1949), un système de
défense atlantique liant étroitement les États-Unis et l’Europe occidentale. En
resserrant leurs liens avec celle-ci, ils contribuent à la coupure de l’Europe
en deux zones, entretenant ainsi le climat de guerre froide.
La présidence de Harry Truman - Le renforcement de la guerre froide
La guerre froide se renforce, en 1949, avec l’annonce de la mise au point de
la bombe atomique par l’URSS, qui met fin au monopole nucléaire des États-Unis,
et avec la victoire des communistes en Chine. Lorsque la Corée du Nord
communiste envahit la Corée du Sud, le 25 juin 1950, les États-Unis réagissent
aussitôt, avec l’appui de l’ONU. Les Américains se heurtent, en Corée, aux
communistes chinois, qui s’engagent dans le conflit, aux côtés des Nord-Coréens,
à partir de novembre 1950. Ils parviennent, à l’issue d’une guerre difficile, à
imposer le retour à la répartition initiale (voir Corée, guerre de). Les
États-Unis montrent ainsi leur résolution à stopper l’expansion du communisme,
sans pour autant remettre en cause le principe d’un partage du monde avec les
Soviétiques. Leur principal objectif est d’endiguer la montée en puissance de
l’URSS et du bloc communiste. Cette pratique du containment dicte la
politique étrangère des États-Unis durant toute la guerre froide.
La présidence de Harry Truman - La politique intérieure de Truman
En politique intérieure, Truman s’efforce de poursuivre le New Deal de
Roosevelt. Pour faciliter la reconversion de l’économie de guerre à une économie
de paix, il propose un programme en vingt-quatre points (Fair Deal). Parmi
ceux-ci figurent l’augmentation des indemnités de chômage, l’aide fédérale au
logement et à l’éducation, l’augmentation du salaire minimal, la garantie des
droits civiques et, surtout, l’extension du contrôle des prix. Le Congrès,
dominé par les républicains, s’oppose à plusieurs de ces propositions. Le rejet
du contrôle des prix a pour conséquence une hausse du coût de la vie de
18 p. 100 en 1946. Près de 5 millions de travailleurs se mettent alors en grève
pour réclamer une augmentation des salaires. En 1947, le Congrès impose à
Truman, malgré son veto, la loi antigrève Taft-Hartley.
Malgré leur incroyable suprématie économique et militaire, les États-Unis
sont très marqués par la guerre froide. Celle-ci engendre, à l’intérieur du
pays, des réactions politiques proches de l’intolérance. Les dirigeants du Parti
communiste américain sont poursuivis. En 1950, le Congrès impose la loi
McCarran, sur la sécurité intérieure, visant à empêcher l’entrée, sur le sol
américain, de toute personne membre d’une organisation communiste. Les milieux
communistes américains sont, de leur côté, l’objet d’une étroite surveillance.
L’instigateur de la campagne anticommuniste aux États-Unis est le sénateur
Joseph R. McCarthy. La « chasse aux sorcières » (voir maccarthysme) se
porte sur des hauts fonctionnaires, des universitaires, des artistes ou des
savants, accusés de sympathies communistes. L’iniquité du procès de Julius et
Ethel Rosenberg, condamnés à mort et exécutés en 1953, déchire l’opinion
américaine et une partie de l’opinion mondiale.
Les présidences de Dwight D. Eisenhower - L’évolution de la politique étrangère
L’élection de Dwight D. Eisenhower et de son vice-président Richard Nixon
marque le retour des républicains au pouvoir. Eisenhower et son secrétaire
d’État John F. Dulles sont les grands artisans de la politique américaine de
containment face à l’expansion soviétique. Celle-ci amène les États-Unis à
étendre continuellement leur engagement militaire dans le monde entier et se
révèle très coûteuse, avec la création de nombreuses bases militaires et
l’entretien de flottes américaines en Méditerranée et dans le Pacifique.
Les relations américano-soviétiques connaissent un début d’amélioration après
la mort de Staline (1953). Les progrès de la « détente » sont toutefois très
lents et marqués par de nombreux troubles. La course aux armements qu’a suscitée
la guerre froide s’accélère lorsque les États-Unis font exploser la première
bombe à hydrogène (bombe H), en 1952, imités par l’URSS six mois plus tard
(nucléaires, armes). Les deux superpuissances se mettent à construire des engins
à grande portée et, en 1957, ils disposent chacun de missiles balistiques
intercontinentaux.
En 1953, les États-Unis augmentent leur aide militaire et économique envers
la France, engagée dans la guerre d’Indochine (1946-1954), mais les accords de
Genève de juillet 1954 aboutissent à la partition de l’Indochine. Les États-Unis
s’efforcent alors, par la création de l’Organisation du traité de l’Asie du
Sud-Est (Otase) en 1954, de prévenir toute nouvelle agression communiste dans le
Sud-Est asiatique.
Parallèlement, ils favorisent, par un traité d’assistance, le renforcement
des liens avec voir Taïwan et manifestent leur hostilité à la Chine
populaire par une politique d’ostracisme. Toutefois, désireux de ne pas
provoquer l’URSS, les États-Unis se gardent d’intervenir dans l’insurrection de
Budapest (octobre-novembre 1956), réprimée par l’Armée rouge. La même année, les
deux superpuissances font cesser, d’un commun accord, l’agression
israélo-franco-britannique (octobre-novembre 1956) contre l’Égypte de Nasser, à
la suite de la nationalisation du canal de Suez (voir Suez, crise de).
Après la mort de J. F. Dulles (1959), la détente s’amorce avec la visite du
dirigeant soviétique Nikita S. Khrouchtchev aux États-Unis, en septembre 1959.
Elle est toutefois ralentie par la découverte du survol des territoires
soviétiques par un avion U-2 américain, abattu en pleine mission d’espionnage
au-dessus de l’URSS (mai 1960). Hantée par la menace soviétique, la politique
extérieure américaine s’enferme, jusqu’à la fin des années 1960, dans une
conception idéologique bipolaire, opposant monde libre et monde communiste.
L’intransigeance des États-Unis amène ceux-ci à méconnaître le rôle du
nationalisme dans certains États du tiers-monde, et lui aliène notamment
l’Égypte nassérienne, ainsi que de nombreux pays non-alignés du tiers-monde,
adeptes du neutralisme. En Amérique latine notamment, le mécontentement grandit
à l’encontre des politiques américaines. En 1959, éclate à Cuba une révolution
menée par Fidel Castro et Che Guevara. Elle aboutit au renversement du dictateur
Fulgencio Batista et à l’établissement d’un régime communiste. En janvier 1961,
Eisenhower décide de rompre les relations diplomatiques avec Cuba.
Les présidences de Dwight D. Eisenhower - L’évolution de la société américaine
La présidence d’Eisenhower bénéficie d’une prospérité générale sans précédent.
Au début de son mandat, l’action du président est gênée par les campagnes
anticommunistes du sénateur McCarthy. Celui-ci, jouissant d’une grande liberté
de manœuvre, malgré ses méthodes et ses accusations douteuses, multiplie les
enquêtes arbitraires, en prétextant une prétendue infiltration communiste dans
les services gouvernementaux. Ses excès amènent toutefois le Sénat à le censurer
(1954).
La présidence d’Einsenhower est également marquée par le début de la
déségrégation raciale et les vives résistances qu’elle provoque dans le Sud. La
question intérieure la plus cruciale est en effet la lutte des Noirs pour
l’accession à leurs pleins droits de citoyens, connue sous le nom de mouvement
des droits civiques (voir Noirs américains).
Après la Seconde Guerre mondiale, les Noirs ont une conscience aiguë de la
ségrégation raciale dont ils sont victimes, plus économique dans le Nord, plus
institutionnelle et politique dans le Sud. Eisenhower prend résolument parti
contre cette ségrégation et entreprend la déségrégation du gouvernement et de
l’armée. Le 17 mai 1954, dans l’affaire Brown contre la direction de
l’enseignement de Topeka, la Cour suprême condamne, à l’unanimité, la
ségrégation raciale dans les écoles publiques. D’autres décisions suivent
(1955-1956), invitant les autorités locales à la déségrégation.
Pourtant, de nombreux États du Sud tentent de contourner les lois. En
septembre 1957, le gouverneur de l’Arkansas, Orval E. Faubus, ordonne à la garde
nationale d’empêcher neuf étudiants noirs d’entrer au lycée de Little Rock. Le
président Eisenhower décide l’intervention des troupes fédérales pour mettre fin
à la résistance du gouverneur Faubus. La déségrégation est très lente dans les
États du Sud : en 1960, seules 765 des 6 676 écoles ont mis fin à la
ségrégation.
Le mouvement pour l’obtention des droits civiques prend une grande ampleur
chez les Noirs. En décembre 1955, le pasteur noir Martin Luther King Jr. est à
l’origine du boycottage des autobus municipaux de Montgomery (381 jours) afin de
s’opposer à toute forme de ségrégation raciale. Les manifestations en faveur de
l’égalité raciale se multiplient dans tout le sud des États-Unis, sur
l’initiative de plusieurs organisations et personnalités noires : la Southern
Christian Leadership Conference, fondée en 1957 par Martin Luther King et
recommandant l’action non-violente, le Congrès de l’égalité raciale,
l’Association nationale pour le progrès des personnes de couleur, Black Muslims,
Malcolm X, Ralph David Abernathy et Rosa Louise Parks. Sous leur pression, le
Congrès vote la loi des Droits civiques de 1957.
Les présidences de Dwight D. Eisenhower - Le second mandat d’Eisenhower
C’est également sous l’administration Eisenhower que commence la conquête de
l’espace. Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique lance son premier satellite, le
Spoutnik 1, suivi d’un deuxième, qui transporte une chienne vivante, Laïka. Les
Américains intensifient alors le programme de missiles et, le 31 janvier 1958,
l’armée américaine lance son premier satellite, Explorer 1 (voir Espace,
exploration de l’).
Durant la récession des années 1957-1958, le chômage connaît son taux le plus
élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 5 millions de chômeurs. La
crise provoque un vaste mouvement de grèves des ouvriers de la sidérurgie
(1959). En 1959, l’Alaska et Hawaii intègrent l’Union, devenant les 49e
et 50e États américains. À l’élection présidentielle de 1960, le
démocrate John F. Kennedy est élu avec une courte majorité devant le républicain
Richard Nixon.
La présidence de John F. Kennedy - De la détente à la crise de Cuba
Le plus jeune président (43 ans) et le premier chef d’État catholique des
États-Unis, John F. Kennedy poursuit la politique de détente avec l’URSS.
Avec son secrétaire d’État Robert S. McNamara, il s’efforce d’améliorer les
relations américano-soviétiques et rencontre Nikita S. Khrouchtchev à Vienne
(juin 1961). En avril 1961, il autorise l’invasion de la baie des Cochons,
attaque menée contre Cuba par des exilés cubains anticastristes. L’invasion est
repoussée, et la plupart des participants sont tués ou capturés. En Amérique
latine, Kennedy s’efforce d’assouplir la politique des États-Unis en faveur d’un
renforcement de l’assistance américaine, avec la création du corps de la Paix
(septembre 1961) et le lancement d’un vaste programme d’aide et de coopération,
l’Alliance pour le progrès. En octobre 1962, lors de la crise des fusées, la
tension est extrême entre Américains et Soviétiques. Lorsque les États-Unis
découvrent l’existence, à Cuba, de bases de lancements de missiles offensifs,
Kennedy exige de Khrouchtchev le retrait des fusées soviétiques et menace Cuba
d’un embargo total. Durant quelques jours, la guerre semble imminente mais
Khrouchtchev accepte finalement le retrait des fusées contre une promesse de
non-invasion de Cuba par les Américains.
Devant l’avancée des partisans du communisme au Viêt Nam-du-Sud, Kennedy
s’engage, dès 1961, dans une aide militaire croissante au gouvernement
sud-vietnamien de Ngô Đình Diêm. Composée dans un premier temps de
« techniciens », l’aide américaine ne cesse de se renforcer : dès 1963, il y a
16 000 militaires américains au Viêt Nam.
Jouissant d’un grand prestige à l’extérieur, Kennedy obtient de la Communauté
économique européenne (CEE) une réduction substantielle de ses tarifs douaniers
qui est à l’origine de la « négociation Kennedy » (Kennedy Round), conférence
tarifaire qui réunit à Genève, entre 1964 et 1967, les représentants de plus de
cinquante pays du monde capitaliste, adhérents du GATT (General Agreement on
Tariffs and Trade). Profitant du climat de détente qui suit la crise des
missiles de Cuba, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS concluent, le 5 août
1963, un traité d’interdiction des essais atomiques dans l’atmosphère (voir
Armements, contrôle des).
La présidence de John F. Kennedy - La « nouvelle frontière » de Kennedy
À l’intérieur des États-Unis, Kennedy jouit également d’une grande
popularité. Il a fait campagne sur le thème d’une « nouvelle frontière » à
conquérir, dans les domaines de l’éducation nationale, de la législation
sociale, de l’augmentation du salaire minimal, de l’assistance aux personnes
âgées, de l’intégration raciale et de l’aide économique aux pays
sous-développés. Ses premières propositions économiques ont pour but de contrer
les effets de la récession en augmentant les dépenses fédérales. Il accélère
l’intégration raciale, mais le Congrès lui refuse presque tous les moyens
financiers qui lui sont nécessaires pour réaliser le programme social de la
« nouvelle frontière ».
En 1961, il lance le programme spatial d’exploration de la Lune, ou programme
Apollo, avec pour objectif d’atteindre la Lune avant dix ans (voir
Espace, exploration de l’).
La question des droits civiques est l’une des priorités de l’administration
Kennedy. À l’automne 1962, un étudiant noir, James Meredith, veut s’inscrire à
l’université du Mississippi. L’affaire déclenche une émeute sur le campus.
Kennedy oblige la garde nationale du Mississippi, placée sous l’autorité
fédérale, à protéger le campus. Il fait également intervenir des responsables
fédéraux pour accélérer la déségrégation à l’université d’Alabama, malgré
l’opposition du gouverneur George C. Wallace. Les Noirs poursuivent leurs
manifestations contre la violence et la discrimination. À l’occasion d’un vaste
rassemblement à Washington, le 28 août 1963, Martin Luther King prononce, devant
250 000 personnes, son célèbre discours « J’ai fait un rêve ». Le président
Kennedy prépare un ensemble de lois régissant les droits civiques et interdisant
la discrimination en matière de droit de vote, d’enseignement, de logement et
d’emplois. Le Congrès en diffère l’approbation tout au long de l’année 1963.
Alors qu’il se trouve à Dallas en tournée électorale, le président Kennedy
est assassiné, le 22 novembre 1963. Sa mort provoque une immense émotion dans le
monde entier et l’on s’interroge sur les mobiles qui ont inspiré le meurtrier.
L’assassin présumé, Lee Harvey Oswald, est arrêté presque immédiatement, mais il
est lui-même assassiné, deux jours plus tard, par Jack Ruby, avant d’avoir été
interrogé. La rumeur d’un éventuel complot s’amplifie rapidement. Le président
Lyndon Johnson nomme alors une commission d’enquête dirigée par le procureur
Earl Warren. Le rapport Warren, qui conclut qu’Oswald a agi sans complice, n’a
pas fait toute la lumière sur les circonstances de l’attentat et reste très
discuté.
La présidence de Lyndon B. Johnson - La guerre du Viêt Nam
Après l’assassinat de John F. Kennedy, le vice-président Lyndon B. Johnson
lui succède immédiatement à la Maison-Blanche puis est élu président, en
novembre 1964.
À l’extérieur, l’héritage de Kennedy entraîne l’intervention des États-Unis
au Viêt Nam. La guerre du Viêt Nam est la principale épine dans la politique
extérieure de Johnson. Au début, le président américain poursuit la politique de
Kennedy, consistant en l’envoi de « conseillers militaires » auprès des forces
militaires du Sud-Viêt Nam, sans intervention directe dans le conflit. À partir
d’août 1964 (incidents dans le golfe du Tonkin, premiers bombardements
américains sur le Nord-Viêt Nam), le président est autorisé à accroître la
présence militaire américaine en Asie du Sud-Est. Il est dès lors entraîné dans
une politique d’escalade. En dépit des moyens considérables employés, celle-ci
ne peut parvenir à des résultats décisifs. En 1969, plus de 541 000 soldats
américains sont engagés dans la guerre du Viêt Nam.
Les États-Unis procèdent à des bombardements massifs sur presque tout le
territoire nord-vietnamien. Mais le prolongement de la guerre et les méthodes
employées par les Américains (massacres de civils désarmés dans le village de
My Lai en 1968) débouchent sur une grave controverse à l’intérieur du pays comme
à l’extérieur. Exploitée dans le monde entier par les opposants aux États-Unis,
la guerre du Viêt Nam va avoir pour les Américains de graves conséquences :
lourdes dépenses militaires génératrices d’inflation et de déficit budgétaire,
image ternie des États-Unis dans le monde, profonde crise morale et politique au
sein de la jeunesse américaine.
La présidence de Lyndon B. Johnson - La politique extérieure
La guerre du Viêt Nam a pour conséquence une diminution de l’influence
américaine en matière de politique internationale. Du côté européen, le général
de Gaulle prône une politique d’indépendance à l’égard des deux grandes
puissances mondiales et décide de retirer la France du commandement intégré de
l’OTAN.
L’administration Johnson est également confrontée à plusieurs crises en
Amérique latine. En avril 1965, Johnson décide une intervention armée en
République dominicaine, menacée d’une guerre civile, et envoie 22 000 soldats
américains afin de protéger les ressortissants américains et d’empêcher
l’installation d’un régime communiste. L’intervention américaine fait naître un
violent sentiment antiaméricain dans toute la région et alimente une forte
critique à l’intérieur même des États-Unis. Une crise éclate également entre le
Panamá et les États-Unis, concernant le contrôle du canal de Panamá. Suite à des
émeutes antiaméricaines au Panamá, un nouveau traité est négocié entre les
Américains et les Panaméens.
Malgré la guerre du Viêt Nam, les États-Unis poursuivent leur rapprochement
avec l’URSS. Au cours des années 1960, en effet, leur supériorité militaire
s’est progressivement estompée. Les négociations sur le désarmement, amorcées en
1963 avec le traité d’interdiction des expériences nucléaires dans l’atmosphère,
se poursuivent, en 1967, en vue d’un nouveau traité sur la non-prolifération des
armes nucléaires, signé en 1969 (voir Armements, contrôle des). Bien que
rivaux au Proche-Orient, Américains et Soviétiques s’associent pour mettre fin à
la guerre israélo-arabe de juin 1967 (voir Six-Jours, guerre des), avec
la rencontre du président Johnson et du soviétique Alekseï Kossyguine. Toutefois,
en réponse à l’aide apportée par les Soviétiques aux nations arabes et à leur
influence croissante en Méditerranée, les États-Unis renforcent leur aide à
Israël.
La présidence de Lyndon B. Johnson - La crise intérieure
L’administration Johnson est confrontée aux conséquences intérieures de la
guerre du Viêt Nam. À mesure que l’intervention américaine s’intensifie, un
mouvement pacifiste se développe. La contestation s’amplifie rapidement parmi
les étudiants, les universitaires et les intellectuels de gauche, qui mènent de
violentes campagnes contre le président américain. Celui-ci garde cependant
l’appui d’une majorité de la population. Les premiers mois de son mandat sont
marqués par une importante activité législative. Johnson fait abolir les
dernières discriminations raciales et obtient du Congrès le vote d’un vaste
programme de mesures sociales, destinées à lutter contre la pauvreté, à
favoriser l’éducation et la formation des jeunes, à étendre la sécurité sociale
et l’assistance médicale gratuite pour les personnes âgées.
Les résistances profondes aux lois de déségrégation ainsi que la misère
régnant dans les ghettos noirs des grandes villes de la Manufacturing Belt
provoquent une flambée de violences raciales dans les villes américaines à
partir de 1965. Durant l’été 1965, une grave émeute se produit à Watts, un
quartier noir de Los Angeles. Des troubles de même nature agitent plus de trente
villes en 1967. Les Noirs américains continuent à réclamer une intégration plus
réelle, non plus seulement par la non-violence prônée par le leader noir Martin
Luther King, mais désormais aussi par la violence, avec les Black Panthers,
organisation extrémiste fondée en 1966 militant dans le cadre du mouvement pour
l'instauration du Black Power (pouvoir noir).
Ce contexte politique et social est propice à une remise en question, par une
partie de la jeunesse, des valeurs traditionnelles américaines avec, notamment,
le développement de la contre-culture hippie. Parallèlement, la drogue et la
criminalité dans les grandes villes se répandent. C’est dans ce climat de
violence qu’ont lieu les assassinats du pasteur Martin Luther King (4 avril
1968) et de Robert F. Kennedy (5 juin 1968), frère de l’ancien président John
F. Kennedy, et candidat démocrate à l’élection présidentielle. L’assassinat de
Martin Luther King déclenche une nouvelle vague d’émeutes raciales à Washington
et dans d’autres grandes villes. Dans le même temps, la prospérité économique
des États-Unis est ébranlée par le renforcement de la concurrence européenne et
japonaise, par l’accroissement du déficit de la balance des paiements, et par le
poids financier de plus en plus lourd de la guerre du Viêt Nam.
Les présidences de Richard Nixon - La fin de la guerre du Viêt Nam
Sous la présidence du républicain Richard Nixon, la diplomatie américaine,
incarnée à partir de 1973 par le secrétaire d’État Henry A. Kissinger, est très
active et obtient de nombreux succès : fin de l’engagement américain au
Viêt Nam, poursuite de la détente avec l’URSS, accords sur le désarmement,
normalisation des relations avec la Chine populaire, renforcement de l’influence
américaine au Proche-Orient.
Renonçant désormais à une politique d’intervention systématique et parfois
précipitée, Nixon affirme, dans son discours de Guam (25 juillet 1969), sa
volonté de réduire l’engagement militaire américain dans le monde (doctrine
Nixon). Les pays victimes d’une agression peuvent compter sur un appui financier
et matériel des États-Unis mais non plus sur un engagement direct de l’armée
américaine. Nixon commence par rapatrier progressivement le corps
expéditionnaire envoyé au Viêt Nam, souhaitant sortir les États-Unis de cette
guerre par une politique de « vietnamisation » du conflit (voir Viêt Nam,
guerre du). Cela consiste à remplacer les troupes américaines par des troupes
sud-vietnamiennes équipées et entraînées par les États-Unis, capables de
résister seules à la poussée communiste. Fin 1971, plus de 350 000 soldats
américains engagés au Sud-Viêt Nam sont rentrés aux États-Unis. Il en reste
encore 175 000 à rapatrier. Avec l’aide de Henry Kissinger, secrétaire d’État à
partir de 1973, Nixon engage à Paris des pourparlers de paix qui aboutissent,
après de longues négociations, aux accords de cessez-le-feu (janvier 1973).
Les présidences de Richard Nixon - La diplomatie américaine
Les États-Unis compensent leur échec au Viêt Nam par un redressement
spectaculaire de leur position au Proche-Orient. Ils amorcent un rapprochement
avec l’Égypte dès le début de 1973. La diplomatie américaine joue un rôle
décisif dans la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 (voir Kippour, guerre
du) et finit par obtenir le retrait des troupes israéliennes au Sinaï (janvier
1974).
À l’égard de l’URSS, Nixon mène une politique de détente, notamment en
matière de désarmement. Les négociations sur la limitation des armements
stratégiques (SALT I), entamées en 1969, se poursuivent en 1972, avec la
signature du premier accord américano-soviétique sur la limitation des armements
nucléaires (26 mai 1972). Il fait suite aux traités de non-prolifération des
armes nucléaires (1969) et d’interdiction des essais nucléaires sous-marins
(1971) (voir Armements, contrôle des). En mai 1972, le président Nixon se
rend en visite d’État à Moscou. En 1973, c’est le dirigeant soviétique Leonid
Brejnev qui se rend aux États-Unis. Ce climat de détente permet à l’économie
américaine d’accroître considérablement ses exportations à destination de
l’URSS.
Plus spectaculaire encore est la normalisation des relations entre Washington
et Pékin. Un rapprochement avec la Chine s’esquisse dès 1971. Il est consacré
par la visite de Richard Nixon à Pékin et sa rencontre avec Mao Zedong en
février 1972.
Les présidences de Richard Nixon - La stabilité intérieure
En politique intérieure, Nixon, défenseur d’une restauration de la stabilité
sociale, s’attaque aux problèmes de la criminalité et de la drogue. Les
violences raciales connaissent une accalmie. Le désengagement américain au
Viêt Nam fait revenir le calme dans les universités, où le désarroi inspiré par
la guerre est à l’origine de manifestations de grande ampleur. Certaines
débouchent, cependant, sur des affrontements très violents entre les étudiants
et la garde nationale, comme dans l’université de Kent (Ohio), en mai 1970, où
quatre étudiants trouvent la mort.
C’est également l’époque où s’affirme la suprématie américaine dans la
conquête de l’espace : le 20 juillet 1969, deux Américains, Neil Armstrong et
Edwin Aldrin, membres de l’équipage d’Apollo 11, sont les premiers hommes
à marcher sur la Lune. Cinq autres débarquements américains sur la Lune ont lieu
entre 1969 et 1972 (voir Espace, exploration de l’).
Les présidences de Richard Nixon - La politique économique de Nixon et l’affaire du Watergate
Nixon développe, à partir de 1971, une « nouvelle politique économique » (New
Economic Policy, NEP), dont les grandes modalités sont la suspension de la
convertibilité du dollar, le blocage des prix et des salaires, une réduction du
déficit budgétaire, ainsi qu’une réforme du système de sécurité sociale. La
valeur du dollar est abaissée de 17 p. 100 suite à deux dévaluations (1971,
1973). Celles-ci provoquent un regain des exportations américaines et favorisent
un redressement de la balance commerciale et de la balance des paiements
américaines, qui affichent d’importants excédents. La crise du pétrole
elle-même, consécutive à la guerre du Kippour (1973), contribue à rendre au
dollar sa position hégémonique dans le système monétaire mondial.
Réélu triomphalement en novembre 1972, Nixon connaît moins de réussite dans
sa lutte contre l’inflation, qui s’accélère à partir de 1973. En 1974, la
population des États est confrontée à une grave récession. Un scandale politique
provoque alors la chute de Nixon. La presse américaine fait en effet éclater
l’affaire du Watergate. Elle révèle l’existence d’écoutes téléphoniques
illégales et une tentative de cambriolage, le 17 juin 1972, au siège du Parti
démocrate, dans l’immeuble du Watergate à Washington. Nixon nie longtemps son
implication et celle de son entourage dans cette affaire. Mais les accusations,
procès et enquêtes qui s’ensuivent, mettent en cause des hauts fonctionnaires de
l’Administration. Accumulant mensonges et faux-fuyants, harcelé par la presse,
puis menacé par la procédure d’impeachment (destitution par le Congrès),
Nixon est contraint de démissionner le 8 août 1974. Le vice-président Gerald
R. Ford le remplace.
Les États-Unis depuis 1974 - Les présidences de Gerald Ford et de Jimmy Carter
Gerald R. Ford (1974-1977) conserve auprès de lui le secrétaire d’État Henry
Kissinger. Il poursuit la politique de détente avec l’URSS (déclaration
d’Helsinki, 1975). Cependant, la récession économique mondiale s’aggrave. Aux
États-Unis, le taux de chômage et l’inflation connaissent une forte hausse. Le
quadruplement du prix du pétrole, au cours de l’hiver 1973-1974, intensifie la
crise monétaire mondiale. Le discrédit porté sur le Parti républicain par
l’affaire du Watergate favorise le retour des démocrates à la Maison-Blanche,
avec l’élection en novembre 1976 de Jimmy Carter (1977-1981). Les États-Unis
poursuivent leur rapprochement avec la Chine populaire, en établissant les
premières relations diplomatiques, en janvier 1979. Ils favorisent, après
l’avoir inspiré (voir Camp David, accords de, septembre 1978), le traité
de paix israélo-égyptien, signé le 26 mars 1979 à Washington par le président
égyptien Anouar al-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, par
lequel l’Égypte récupère le Sinaï. En septembre 1977, Carter signe avec le
Panamá un traité par lequel l’ancienne zone du canal, administrée par les
États-Unis, revient intégralement au Panamá à compter de l’an 2000 (traité
Carter-Torrijos) (voir Panamá, canal de).
Malgré ces succès, la présidence de Carter est dominée par la crise des
otages américains en Iran. En novembre 1979, le chah d’Iran Muhammad Riza Chah,
destitué, est autorisé à entrer aux États-Unis pour des raisons médicales. Un
groupe de révolutionnaires iraniens s’empare alors de l’ambassade américaine à
Téhéran et prend 53 membres du personnel en otage. Lorsque le gouvernement
américain refuse de satisfaire la demande des ravisseurs et d’extrader le chah,
la crise s’enlise. Les négociations piétinant, une expédition militaire
américaine est tentée pour récupérer les otages, mais celle-ci échoue.
Parallèlement, l’invasion soviétique en Afghanistan (1979) crée une grave
tension internationale et entraîne une dégradation des relations
américano-soviétiques. Les États-Unis réduisent leurs échanges commerciaux avec
l’URSS, puis refusent de ratifier le nouveau traité de limitation des armes
stratégiques (SALT II). Durant les années 1979-1980, la situation économique se
détériore, avec une balance commerciale déficitaire, une baisse du dollar et un
taux d’inflation annuel dépassant 10 p. 100.
Les États-Unis depuis 1974 - La présidence de Ronald Reagan
Le déclin économique et les crises extérieures favorisent l’élection des
républicains Ronald Reagan (1981-1989) et George Bush (1989-1992). Élu sur un
programme conservateur et favorable au retour des valeurs morales
traditionnelles, libéral sur le plan économique et énergique sur le plan
international, Ronald Reagan réussit à relancer l’économie (réduction de
l’inflation, baisse des impôts, maintien de taux d’intérêts élevés) au détriment
des prestations sociales, qui sont considérablement réduites. Il augmente
fortement le budget de la Défense. Toutefois, la récession de 1981-1982 fait
monter le taux de chômage au-dessus de 10 p. 100 pour la première fois depuis
1940. En 1987, l’administration Reagan doit faire face aux déficits persistants
du budget et de la balance commerciale supérieurs à 100 milliards de dollars par
an. Lors du krach boursier du 19 octobre 1987, l’indice Dow Jones chute de
22,6 p. 100 (voir Indices financiers).
En politique extérieure, Reagan a à régler la crise des otages américains
(janvier 1981). En octobre 1983, il déclenche une invasion surprise de la
Grenade. En Amérique centrale, Reagan soutient les forces gouvernementales au
Salvador, mais aussi les guérillas menées contre le gouvernement nicaraguayen (voir
Nicaragua ; Sandinistes). Sa seconde présidence est entachée par le scandale
de l’Irangate (1986-1987), dû à la vente secrète d’armes à l’Iran, servant au
financement de la Contra antisandiniste au Nicaragua.
En avril 1986, les États-Unis lancent un raid aérien contre la Libye, en
réponse à des attaques terroristes antiaméricaines. Reagan et son secrétaire
d’État, Alexander Haig, abandonnent la politique de détente vis-à-vis de l’URSS.
En 1983, les relations américano-soviétiques se dégradent après l’annonce par
Reagan d’une Initiative de défense stratégique (IDS), communément appelée la
Guerre des étoiles. Toutefois, le processus de désarmement est relancé par deux
rencontres entre Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, en
novembre 1985 et en octobre 1986. En décembre 1987, ils signent un traité de
destruction des missiles à courte et moyenne portée (voir Armements,
contrôle des).
Les États-Unis depuis 1974 - La présidence de George Bush
La présidence de George Bush a à gérer les déficits fédéraux du commerce
extérieur et du budget puis la grave récession de l’économie américaine, de 1989
à 1992. Celle-ci amplifie la crise économique et urbaine et exacerbe les
clivages socio-ethniques. En avril 1992, les États-Unis connaissent, à
Los Angeles, l’une des émeutes les plus violentes de leur histoire
(60 victimes). Elle est provoquée par l’acquittement de quatre officiers de
police, blancs, accusés d’actes de brutalités, avec preuves vidéo à l’appui, à
l’encontre d’un suspect noir, Rodney King, un an plus tôt.
Sur le plan extérieur, l’effondrement de l’URSS entre 1989 et 1991 renforce
considérablement la suprématie politique et militaire des États-Unis, désormais
la seule superpuissance. En décembre 1989, Bush lance l’opération militaire
baptisée « Just Cause » : plus de 24 000 soldats américains envahissent Panamá
pour déposer le général Manuel Antonio Noriega Morena, que les États-Unis
désirent extrader et inculper pour trafic de drogue. Puis, en 1991, les
États-Unis prennent la tête, avec plus de 500 000 soldats américains, de la
coalition internationale contre l’Irak lors de la guerre du Golfe. Ils
poursuivent leur politique de négociations dans le conflit israélo-arabe et
développent leurs relations avec les pays de l’Europe de l’Est, après
l’effondrement du bloc communiste.
Les Américains participent activement au 8e cycle de négociations
entamé au sein du GATT (Uruguay Round, 1986-1993) portant sur la libéralisation
des échanges dans le domaine des marchandises et des services.
Les États-Unis depuis 1974 - Le premier mandat de Bill Clinton (1992-1996)
La récession favorise le retour des démocrates avec l’élection de Bill
Clinton, en novembre 1992. En décembre 1992 est lancée, sous couvert des Nations
unies, l’opération « Restore Hope », appuyée par plus de 20 000 soldats
américains, afin de rétablir la paix et d’aider à la distribution de l’aide
alimentaire en Somalie. En janvier 1993, les États-Unis signent le traité de
désarmement nucléaire START II, négocié avec le président russe Boris Eltsine.
Bénéficiant de l’amorce d’une reprise économique (1993), Bill Clinton
concentre ses efforts sur la politique intérieure. Il prend des mesures pour
lutter contre la criminalité et pour réduire le déficit budgétaire. Il abroge
les ordonnances restreignant le droit à l’avortement et cherche à mettre fin à
la discrimination des homosexuels dans l’armée, mais son projet est amendé, en
raison de la forte opposition du Congrès et du Pentagone. Son épouse, Hillary
Rodham Clinton, est désignée pour diriger une commission chargée de préparer
d’urgence une réforme de la sécurité sociale.
Parallèlement, il défend, à la suite de George Bush, la libéralisation des
échanges commerciaux au sein des négociations du GATT puis de l’OMC. Clinton
réussit à convaincre le Congrès de ratifier l’accord de libre-échange
nord-américain (Alena), supprimant les droits de douane entre les États-Unis, le
Mexique et le Canada. L’Alena entre officiellement en application le 1er janvier
1994. Le 19 avril 1995, un attentat à la bombe est perpétré contre un immeuble
fédéral à Oklahoma City. L’explosion d’une voiture piégée cause la mort de
176 personnes. Cette tragédie bouleverse l’Amérique et met directement en cause
les dérives des milices armées de citoyens, de plus en plus nombreuses,
auxquelles appartiennent les principaux suspects de cet attentat meurtrier.
En politique étrangère, Clinton maintient le soutien américain au président
russe Boris Eltsine et poursuit la politique de réduction des armements,
inaugurée par ses prédécesseurs (accord de dénucléarisation de l’Ukraine, 1994).
En septembre 1993, à la Maison-Blanche, Clinton préside la signature d’un accord
de paix historique, l’accord de Washington, entre Israël et l’Organisation de
libération de la Palestine (OLP), en présence du Premier ministre israélien
Yitzhak Rabin et du président de l’OLP Yasser Arafat. Clinton refuse toute
intervention militaire américaine en ex-Yougoslavie, mais joue un rôle actif
dans la recherche d’un règlement pacifique et politique du conflit yougoslave.
Le plan de paix américain est finalement accepté par les belligérants au terme
d’une longue négociation, dont la phase finale se déroule aux États-Unis. Face à
un Congrès et à un électorat peu enclins aux engagements internationaux,
l’administration Clinton achève le retrait des troupes américaines en Somalie,
le 25 mars 1994. Au cours de cette mission de quinze mois, 30 soldats américains
ont été tués.
L’année 1996 ponctue six années consécutives de croissance, avec un chômage
en baisse, une réduction du déficit budgétaire et la création de millions
d’emplois. Mais les problèmes de sécurité restent très sensibles. Ainsi, le
25 juin 1996, un attentat contre une base militaire américaine en Arabie
saoudite fait 19 morts. Un nouvel attentat est perpétré le 27 juillet à Atlanta
durant les jeux Olympiques.
Les États-Unis depuis 1974 - Le second mandat de Bill Clinton (1996-2000)
- Un président populaire malgré les « affaires »
Le 5 novembre 1996, Bill Clinton est réélu avec 49 p. 100 des suffrages,
contre 41 p. 100 pour le candidat républicain Bob Dole. Il devient ainsi le
premier démocrate depuis Franklin D. Roosevelt à obtenir un second mandat
présidentiel. Cependant, au lendemain de sa réélection, Bill Clinton doit
affronter de nombreux scandales, portant notamment sur le financement de sa
campagne électorale par des gouvernements asiatiques (Indonésie et Chine).
Ce sont, toutefois, l’affaire Paula Jones — du nom de la jeune femme accusant
le président américain de harcèlement sexuel —, puis l’affaire Monica Lewinsky
qui défrayent plus durablement la chronique : accusé en 1998 par le procureur
Kenneth Starr de subornation de témoins et d’obstruction à la justice après son
témoignage déposé sous serment, dans le cadre de l’affaire Paula Jones, sur les
relations sexuelles qu’il aurait eues avec une stagiaire de la Maison-Blanche,
Monica Lewinsky, Bill Clinton est poursuivi devant le Congrès américain. Sur la
base du rapport Starr, publié sur Internet, la Chambre des représentants vote
l’ouverture d’une enquête pouvant aboutir à la destitution (impeachment)
du président. Les résultats des élections législatives de novembre 1998, bien
que traduisant le soutien de l’opinion publique à un président bénéficiant de
bons résultats économiques, n’empêchent pas le vote de sa mise en accusation par
la Chambre en décembre 1998 et la transmission du dossier au Sénat pour
confirmation. Ouvert le 14 janvier 1999, le procès s’achève le 12 février par
son acquittement.
Malgré l’évolution rocambolesque d’une affaire présentée au monde entier sous
ses détails les plus intimes et parfois indécents, Bill Clinton conserve une
grande popularité au sein de la population américaine, par ailleurs traumatisée
par le massacre du collège de Littleton (Colorado), perpétré par deux lycéens
qui tuent quinze de leurs camarades en avril 1999. L’opinion publique se montre
alors plus réceptive aux tentatives du président Clinton de renforcer la
législation sur la vente et la détention d’armes à feu.
Si le président parvient finalement à « gérer » les affaires à son avantage,
l’opposition républicaine ne peut, ni ne sait, en tirer profit, Newt Gingrich — speaker
(« porte-parole ») républicain de la Chambre des représentants — étant contraint
à la démission, de même que son successeur immédiat, lui-même finalement
remplacé par Dennis Hastert après de nouvelles accusations de harcèlement sexuel.
Fragilisés, les républicains apportent leur soutien à George Bush Jr. lors des
primaires permettant de désigner les candidats à l’élection présidentielle de
septembre 2000, opposant par conséquent le fils de l’ancien président à l’actuel
vice-président démocrate Al Gore. La First Lady Hillary Clinton, quant à
elle, se porte candidate au poste de sénateur de l’État de New York, tentative
politique que d’aucuns interprètent comme un premier pas vers la magistrature
suprême.
Les États-Unis depuis 1974 - Le second mandat de Bill Clinton (1996-2000)
- Un climat économique particulièrement favorable
Le second mandat de Bill Clinton est marqué par une économie américaine
revigorée et à nouveau conquérante : forte croissance, réduction sensible puis
annulation du déficit budgétaire, taux de chômage et d’inflation très faibles et
fusions de « géants » dans différents secteurs d’activité — industries
automobile et pétrolière, télécommunications —, soit autant d’indicateurs et de
signes positifs marquant le retour des États-Unis en tant que « superpuissance »
économique.
Le secteur informatique et la nouvelle économie (articulée pour l’essentiel
autour de l’Internet et des nouvelles technologies) sont toutefois contraints
d’affronter de graves crises susceptibles de remettre en cause leur rôle
prépondérant au sein de l’économie du pays : les sociétés Intel et Microsoft
sont ainsi conduites devant la justice par la Commission fédérale du Commerce
américaine pour comportement monopolistique, tandis que les valeurs boursières
du NASDAQ (voir Bourse des valeurs) subissent au début de l’année 2000
une baisse sans précédent, annihilant une hausse spectaculaire quelques mois
auparavant. Après leurs succès à l’OMC, en avril 1999, dans le conflit de la
banane qui les oppose à l’Union européenne, les États-Unis comptent également
remporter la « bataille » du bœuf aux hormones et obtenir gain de cause sur la
question des organismes génétiquement modifiés (OGM).
Les États-Unis depuis 1974 - Le second mandat de Bill Clinton (1996-2000)
- Les États-Unis, « gendarmes » du monde ?
La politique extérieure des États-Unis entre 1996 et 2000 est marquée par un
retour en force de la diplomatie américaine sur la scène internationale :
Kosovo, Union européenne, OTAN, Afrique, Chine, Proche et Moyen-Orient, Iran,
Irak, Afghanistan, Corée du Nord, Panama, Cuba et essais nucléaires sont autant
de dossiers sur lesquels la première puissance mondiale se montre très présente.
En juillet 1999, des sanctions financières et commerciales sont prises contre
l’Afghanistan et le régime des talibans et, après la mise en application par
l’Union européenne de l’embargo sur la viande en provenance des États-Unis et du
Canada, l’OMC valide le principe d’une « riposte » consistant à taxer les
produits européens d’un droit de douane de 100 p. 100. Les Américains affichent
également clairement leur volonté d’élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe de
l’Est et présentent, par l’intermédiaire de Bill Clinton lors de son voyage dans
plusieurs pays africains en février et mars 1998, leur projet d’un nouveau
partenariat avec l’Afrique.
En outre, les États-Unis continuent à affirmer leur politique de lutte contre
le terrorisme international. En riposte à deux attentats à la bombe qui
frappent, en août 1998, les ambassades américaines de Nairobi, au Kenya, et de
Dar es-Salaam, en Tanzanie, les Américains lancent des frappes aériennes contre
des sites supposés « terroristes » au Soudan et en Afghanistan.
L’administration américaine, face à un Congrès majoritairement et
inconditionnellement favorable aux positions du gouvernement israélien, reste
dans un premier temps impuissante à relancer le processus de paix
israélo-palestinien bloqué depuis l’accession au pouvoir de Benyamin Netanyahou.
Le président Clinton organise toutefois, en octobre 1998, à Wye Plantation, un
sommet avec le Premier ministre israélien et Yasser Arafat et parvient à faire
signer aux deux protagonistes un mémorandum pour relancer le processus de paix.
En l’an 2000, ils cherchent aussi à relancer les négociations entre la Syrie et
Israël, désormais représentée par le Premier ministre Ehoud Barak, mais malgré
une rencontre en mars entre Bill Clinton et le président syrien Hafez al-Assad,
celles-ci échouent.
Le président Clinton adopte une attitude très ferme lors de la crise avec
l’Irak (fin 1997-début 1998), dont les dirigeants décident de renvoyer les
inspecteurs de l’ONU chargés de surveiller le désarmement irakien après la
guerre du Golfe. En octobre 1998, le Congrès, après avoir œuvré à la
réconciliation des factions kurdes irakiennes, vote une aide militaire à
l’opposition irakienne. Puis, en décembre 1998, en pleine affaire Lewinsky,
l’administration américaine engage avec la Grande-Bretagne l’opération « Renard
du désert » contre l’Irak dans le but de forcer Saddam Hussein à accepter le
contrôle du désarmement par l’Unscom. Les relations avec l’Iran, houleuses
depuis décembre 1999 et l’attentat perpétré contre un proche du président
iranien, s’assouplissent en mars 2000 lorsque les sanctions contre la République
islamique sont allégées ; la participation de l’Iran à des actes de terrorisme
international est toutefois à nouveau dénoncée par l’administration américaine.
La première puissance mondiale ne peut, en outre, empêcher l’Inde de procéder
à des essais nucléaires souterrains qui créent des tensions dans la région,
notamment avec le Pakistan et la Chine, deux pays particulièrement importants et
influents en matière de politique de sécurité menée par les États-Unis en Asie.
Dans le cadre de la politique d’« engagement constructif » vis-à-vis de la
Chine, Bill Clinton se rend en visite officielle dans ce pays en juin 1998 et
peut s’adresser librement aux Chinois, critiquant la répression des
manifestations de Tian’anmen, plaidant pour le respect des droits de l’homme et
préconisant une ouverture démocratique. Parallèlement, il y réaffirme que Taïwan
n’a pas de vocation à l’indépendance. Les relations avec la Chine, malgré la
visite de Zhu Rongji, connaissent néanmoins une dégradation certaine, liée d’une
part à une accusation d’espionnage en matière d’armement nucléaire, et d’autre
part au bombardement par « erreur » de l’ambassade chinoise à Belgrade, puis au
tir de missile sol-sol déclenché en août 1999 par la Chine en direction de la
côte Pacifique des États-Unis et destiné à affaiblir les relations
américano-taïwanaises. En novembre 1999, les deux pays concluent cependant,
après treize années de pourparlers, un accord sur l’adhésion de la Chine à l’OMC
(Organisation mondiale du commerce), accord ratifié en mai 2000 par la Chambre
des représentants. Les États-Unis annoncent parallèlement, en septembre 1999,
puis en juin 2000, un assouplissement des sanctions économiques imposées depuis
cinquante ans à la Corée du Nord.
Le 24 mars 1999, les États-Unis s’engagent, aux côtés de 13 des 19 membres de
l’OTAN, dans l’opération « Force alliée » contre la Yougoslavie, après que
Slobodan Milošević a refusé le plan de paix sur le Kosovo, élaboré au sommet de
Rambouillet en début d’année. L’aviation américaine joue dans cette action un
rôle prépondérant. Après l’accord signé avec Milošević prévoyant le retrait des
forces serbes du Kosovo, les États-Unis se voient confier l’un des cinq secteurs
d’occupation de la province.
Les relations avec Cuba sont, quant à elles, notamment marquées par
l’« affaire » Elian González : le petit garçon, recueilli par ses proches après
un naufrage au large de Miami, devient l’objet d’une bataille juridique
opposant, en janvier 2000, l’importante communauté cubaine du pays aux services
américains de l’immigration. Puis, rapidement, les candidats à l’élection
présidentielle — le démocrate Al Gore et le républicain George Bush Jr. — sont
contraints de prendre position, de même que le président Clinton, défavorable à
l’attribution du droit de résidence permanente à la famille González. Le canal
de Panamá est, par ailleurs, rétrocédé à la souveraineté panaméenne le
30 décembre 1999, en application du traité de restitution signé par Jimmy Carter
en 1977.
Les États-Unis depuis 1974 - La présidence de George W. Bush - Le feuilleton judiciaire de l’élection présidentielle
Le 7 novembre 2000, l’élection présidentielle opposant le républicain George
W. Bush au démocrate Al Gore donne lieu à un véritable feuilleton judiciaire
aboutissant à un nouveau décompte manuel des voix en Floride, à une bataille
d’avocats devant les tribunaux, puis à la saisie de la Cour suprême par les
républicains. Après cinq semaines de rebondissements, celle-ci tranche le
12 décembre. En refusant le décompte manuel des 450 000 bulletins litigieux de
Floride, — ordonné par la Cour suprême de Floride — cinq juges contre quatre
désignent de facto George W. Bush nouveau président des États-Unis.
Arguant que le temps manque pour une telle procédure, ils préfèrent éviter une
crise institutionnelle, quitte à prendre une décision éventuellement injuste. Du
fait du système des grands électeurs, George W. Bush devient le 43e président
des États-Unis sans avoir recueilli la majorité des suffrages populaires, cas de
figure qui ne s’est pas produit depuis l’élection de Benjamin Harrison en 1888.
Âgé de 54 ans, fils de George Bush (qui a été président de 1989 à 1993), il est
entré en politique six ans auparavant en tant que gouverneur du Texas.
L’élection du républicain Bush intervient à un moment où l’économie
américaine connaît un fort ralentissement. Anticipant cette situation, Alan
Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), procède en janvier
2001 à une baisse surprise des taux. C’est la première fois depuis novembre 1998
que la Fed réduit le loyer de l’argent.
Dans un même esprit de relance économique, Bush favorise, lors du sommet des
Amériques en avril, la création d’une Zone de libre échange des Amériques (ZLEA)
qui doit comprendre tous les États du continent à partir de 2005. Le président
américain annonce également que son pays n’appliquera pas le protocole de Kyoto
(1997) sur la réduction de l’émission des gaz à effet de serre, jugeant les
mesures prévues trop coûteuses pour l’industrie américaine.
Sur le plan intérieur, il donne des gages aux franges les plus conservatrices
de la société américaine en annonçant l’arrêt des subventions au planning
familial ou la reprise du programme de bouclier antimissile.
Les États-Unis depuis 1974 - La présidence de George W. Bush - L’onde de choc du 11 septembre 2001
Le 11 septembre 2001, le World Trade Center (symbole de la puissance
économique et financière du pays et fleuron architectural de New York) et le
Pentagone (centre névralgique de la défense américaine situé à Washington) sont
victimes d’un attentat sans précédent dans l’histoire du terrorisme mondial.
Percutées par des avions civils détournés, les célèbres tours jumelles de la
métropole new-yorkaise sont totalement détruites et l’aile ouest du Pentagone
gravement endommagée. Le bilan s’élève à plus de 3 000 morts ou disparus. Le
traumatisme est immense dans un pays qui découvre sa vulnérabilité.
George W. Bush, qui considère ces attentats comme un acte de guerre, en
appelle à la mise en place d’une coalition internationale contre le terrorisme.
La riposte, dans le cadre d’une opération baptisée « Liberté immuable »,
commence le 7 octobre avec les premières frappes américano-britanniques sur
l’Afghanistan où les talibans protègeraient Oussama Ben Laden, accusé d’être à
l’origine des attentats. Les bombardements visent à s’assurer la maîtrise du
ciel afghan, à détruire les installations du réseau de Ben Laden et à permettre
la progression de l’Alliance du Nord en pilonnant les positions des talibans sur
les lignes de front. Dans le même temps, les États-Unis doivent faire face à la
maladie du charbon qui contamine une quinzaine de personnes en un mois et en tue
cinq. Des courriers contaminés sont reçus par les plus hautes instances de
l’État et par plusieurs journaux et chaînes de télévision. La psychose grandit
dans la population tandis que l’enquête piétine et qu’aucune hypothèse n’est
écartée.
Au mois de novembre, les succès militaires se succèdent en Afghanistan,
conduisant à une reconquête de la majeure partie du pays par l’Alliance du Nord,
avec l’aide des frappes aériennes américaines, et au débarquement au sol de
Marines pour traquer Oussama Ben Laden. À l’intérieur, l’administration Bush
prend également un certain nombre de mesures visant à assurer la sécurité de la
population, dont en particulier la création d’un nouveau ministère de la
sécurité intérieure (Department of Homeland Security).
Sur le plan économique, la récession devient effective. Le taux de chômage
monte à 5,4 p. 100, son chiffre le plus élevé depuis 1996. La Réserve fédérale
américaine est amenée à baisser trois fois de suite les taux directeurs tandis
que l’administration républicaine débloque des financements fédéraux pour venir
en aide aux entreprises les plus affectées par la crise, notamment dans le
secteur aérien. Dans ce contexte, New York est de nouveau sous le choc à la
suite du crash accidentel d’un avion de ligne sur le quartier du Queens. Au même
moment, le républicain Michael Bloomberg est élu à la mairie de la ville où il
doit succéder à Rudolph Giuliani.
Les États-Unis depuis 1974 - La présidence de George W. Bush - Le concept de « guerre préventive » et la crise irakienne
En décembre, George W. Bush annonce le retrait des États-Unis du traité ABM.
Signé en 1972 par Richard Nixon et Leonid Brejnev, ce traité limite les systèmes
antimissiles, or, depuis plusieurs mois, George W. Bush a confirmé son intention
de relancer le projet de bouclier antimissile américain. Les attentats du 11 septembre
ont renforcé sa certitude selon laquelle le système de défense issu de la guerre
froide est inadapté au monde actuel. Aux stratégies de dissuasion et de containment
(« endiguement »), qui ont prévalu dans les relations internationales au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le président américain entend
substituer le concept de guerre préventive afin de se prémunir de toute menace.
En janvier 2002, lors de son discours sur l’état de l’Union, George W. Bush
désigne l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord comme un « axe du mal, armé pour
menacer la paix du monde ». S’attaquant d’abord à Saddam Hussein, qu’il accuse
de parrainer le terrorisme et de posséder des armes de destruction massive, les
États-Unis obtiennent du Conseil de sécurité de l’ONU le vote d’une résolution
ordonnant à Saddam Hussein de détruire tous ses programmes d’armes de
destruction massive sous peine d’un recours à la force (résolution 1441 du 8 novembre
2002). En dépit de l'acceptation par l'Irak du retour sans conditions des
experts en désarmement de l’ONU, et de sa collaboration, certes tardive, à leur
mission, les États-Unis persistent dans leur volonté de mener une guerre contre
l’Irak afin de renverser le régime de Saddam Hussein, et ce même sans l’aval de
l’ONU. Soutenus par le Royaume-Uni et l’Espagne, les États-Unis sont cependant
confrontés à l’opposition de nombreux pays (dont la France, l'Allemagne, la
Russie et la Chine), qui préconisent au contraire, à l’instar de l’opinion
publique internationale, la poursuite et le renforcement des inspections pour
mettre fin à la crise irakienne. Face à un Conseil de sécurité majoritairement
opposé à une intervention militaire en Irak, les États-Unis décident de se
référer à la résolution 1441, dont le non-respect cautionne selon eux une
offensive immédiate. Le 18 mars, le président américain lance un ultimatum de
48 heures à Saddam Hussein pour qu’il quitte le pouvoir. À cette date, plus de
200 000 militaires américains sont stationnés à proximité de l’Irak et
l’offensive américano-britannique est lancée le 20 mars. L’opération « Liberté
de l’Irak » dure jusqu’à la fin du mois d’avril. Les bombardements intensifs de
Bagdad sont menés parallèlement à la progression à terre des forces
américano-britanniques qui, à la suite de l’effondrement rapide du régime de
Saddam Hussein, s’attachent à « sécuriser » le pays. Le général américain Jay
Garner est désigné comme administrateur provisoire de l’Irak tandis que les
responsables américains mettent en garde la Syrie qu’ils accusent de détenir des
armes chimiques. Le 1er mai, Georges W. Bush annonce la fin des « opérations
de combat majeures » mais la poursuite de la « guerre contre le terrorisme ».
|